Le diagnostic

Pour lire la première partie de cet article, c’est ici :

http://www.handicapelectour.com/13/

Au cours de mes voyages à l’étranger je n’ai jamais eu à consulter de médecin.

Ma 1ère expérience, c’était en Avril 20103, à Rangoon, au Myanmar. Et ce jour-là, la chance était avec moi, sinon je ne serais pas en train d’écrire sur ce blog. Je me suis trouvé au bon endroit, avec la bonne personne.

Il y a quelque chose qui cloche !

A mon réveil tout va bien, enfin presque, parce que je constate vite que la fatigue est toujours là.

Et quand j’essaye de me redresser sur mon lit, je comprends la gravité de mon état. J’ai toutes les peines du monde à m’assoir, puis à me mettre debout. Je veux prendre une douche mais je ne parviens pas à monter dans le bac à douche, surélevé d’une quinzaine de centimètres.

Je réalise seulement que quelque chose ne va pas et qu’il va me falloir trouver un médecin, et un bon.

Après avoir enfilé avec peine un short, une chemisette et une paire de basket, je demande à la réception de l’aide pour descendre au rez-de-chaussée. Je n’emporte que mes papiers et mon argent; mon sac à dos, qui ne pèse pourtant que 3,8 kg, est beaucoup trop lourd pour moi. Je ne doute pas un instant que dans quelques heures je serai de retour à l’hôtel pour récupérer mon sac et reprendre mon voyage.

Pour circuler dans Rangoon, j’ai toujours utilisé les vieux bus déglingués, des bus avec volant à droite mais qui roulent à droite comme tous les véhicules en Birmanie. D’ailleurs, il a fallu redécouper des portes côté trottoir parce qu’avant, les passagers descendaient au milieu de la rue !!

 

Bus à Rangoon

Bus à Rangoon © Yves Gruffaz

Bizarre…allons faire un diagnostic…mais où ?

Aujourd’hui j’arrête un taxi et lui demande de m’emmener à l’Institut Français. Car si je ne me fais toujours aucun souci pour mon état de santé, je me doute bien qu’il va me falloir un vrai médecin pour me tirer de là. Une responsable de l’Institut me conseille le seul médecin français de Rangoon, à l’hôpital International SOS. Je m’y fait conduire par un taxi, et suis reçu par un médecin originaire de la même ville que moi.

Quelle bonne idée j’ai eu de m’inscrire à ces cours de birman.

Il diagnostique immédiatement un Syndrome de Guillain-Barré et, après m’avoir laissé son numéro de portable au cas où, il me laisse repartir avec un rendez-vous pour le lendemain matin.

Je reprends un taxi qui me dépose en face de l’Institut, mais de l’autre côté de l’avenue à 2 fois 2 voies, que je dois traverser. J’attends un bon quart d’heure qu’il n’y ait aucune voiture en vue car en Birmanie les piétons n’ont aucun droit. La traversée dure une éternité et j’ai la hantise de tomber car la première voiture qui arrivera ne m’évitera surement pas. Je réussis à sauver ma peau et peux assister à mon cours de birman.

A midi je quitte le cours, fais quelques pas sur une allée et m’écroule, comme une marionnette dont on aurait coupé les ficelles. J’essaye de me relever, mais impossible, je n’ai pas assez de force dans les bras pour me redresser, et j’ai l’impression d’avoir des jambes en caoutchouc. Deux personnes qui me suivaient me portent jusqu’à l’accueil et le chauffeur de l’Institut me ramène à l’hôpital. Après quelques heures d’observation, on me transfère en ambulance à l’Asia Royal Hospital, l’hôpital de Rangoon.

Si l’accueil est excellent, la neurologue m’explique clairement qu’ils n’ont ni le médicament, ni le matériel, ni le personnel pour me soigner. Le médecin français, qui m’accompagne, m’avoue à ce moment que si cela m’était arrivé la veille à Pakkoku j’y aurais laissé ma vie et que même à Rangoon j’ai eu de la chance de tomber sur lui. On me garde la soirée et la nuit dans cet hôpital, le temps de faire venir de Thaïlande un avion et deux médecins pour me rapatrier sur Bangkok.

Le Bangkok Hospital où je suis admis est un hôpital ultra-moderne où l’on m’administre immédiatement l’un des deux seuls traitements susceptibles d’enrayer le processus d’endommagement des nerfs, une injection d’immunoglobulines par jour, pendant cinq jours.

Je passerai 7 jours dans cet établissement, en chambre individuelle, avec une infirmière à ma disposition 24 heures sur 24.

…Et pendant cette semaine mon état se dégrade jusqu’à ce que je sois totalement paralysé, des pieds jusqu’au cou, jusqu’à ce que je ne puisse plus bouger que la tête.

Retour en France

Le 11 Avril je bénéficie d’un rapatriement sanitaire vers la France. L’avion d’Air France était plein, j’ai donc pris les places de 8 passagers, 6 pour ma civière et 2 pour le médecin et l’infirmier qui m’accompagnent. Je suis admis au service neurologie-soins intensifs d’un hôpital dont la qualité des soins, malgré sa réputation, laisse vraiment à désirer. Seules les infirmières et aide-soignantes en soins intensifs sont irréprochables. Merci à elles 🙂

Deux exemples parmi tant d’autres : totalement paralysé, je n’ai aucun moyen d’appeler le personnel soignant, je ne peux que crier…
Plusieurs fois les aides-soignantes, en soins normaux, posent mon plateau repas dans ma chambre et s’en vont… vous connaissez la suite, « pas de bras, pas de chocolat »…

J’y resterai 1 mois avant d’être transféré dans un centre de rééducation, excellent à tous points de vue, d’où je suis sorti quatorze mois plus tard, c’est-à-dire  :

 le 1er Juillet 2014, encore très handicapé, mais sur mes jambes.

Yves.

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